Au secours, vidéoprotégez-nous !

Publié: décembre 20, 2011 dans Politics, Quotidien engagé, Révolution 2.0
Tags:,

La vidéosurveillance, qui est devenue aujourd’hui la vidéoprotection, est particulièrement en vogue dans nos contrées. L’installation croissante de caméras, censées nous rassurer, est l’apanage de toutes les municipalités, qu’elles soient de droite ou de gauche. Effectivement, comme le révèle Owni, parmi les soixante plus grosses villes de France,  la plupart est équipée en vidéosurveillance. Ceci dit, c’est une intention louable de vouloir protéger sa population contre la criminalité surtout que pour une fois on nous parle de la prévention de celle-ci ! Nous disons : génial et merci !

Seulement, qui est assez dupe pour croire qu’il s’agit d’une solution efficace ? Et qui peut encore soutenir une telle politique à ce prix-là ? Mais au-delà de ces questions concrètes, quelle idéologie sert-elle ?

Sur la question de l’efficacité, croire en la vidéosurveillance est bien naïf. En effet, cette théorie part du postulat que le criminel est bête. Et pour cause, vous vous doutez bien que la personne qui a l’intention de commettre un délit va le faire pile poil devant la caméra, dans des conditions optimales de visibilité, qu’il va la regarder droit dans les yeux et attendre l’arrivée des forces de l’ordre ! Ensuite, vous imaginez bien que les personnes qui surveillent les caméras maintiennent une attention constante et minutieuse sur les images diffusées par chacune d’entre elles (lire l’étude faite par Institut de l’Aménagement de l’Urbanisme ici). Enfin, vous pensez bien que, dès que le délit est constaté, les forces de l’ordre vont se téléporter dans la seconde sur les lieux ! Bref, pour résoudre la question de l’efficacité, il suffit de regarder le pays le mieux équipé : l’Angleterre (seuls 3% des vols dans la rue à Londres ont été élucidés grâce aux caméras).

Parlons maintenant du coût d’une telle politique, car c’est bien sympa de se préoccuper de notre sécurité mais nous espérons tout de même que ce « jouet » inutile n’est pas trop cher et qu’il ne ponctionne par trop d’argent au budget de notre éducation, de notre santé et de notre bien-être ! Si nous prenons l’exemple de la municipalité de Saint-Etienne, cité par Laurent Mucchielli, le coût global de l’utilisation d’une caméra est de 19 403 euros par an. La Cour des comptes estime le coût de la vidéoprotection à 300 M€/an pour l’Etat et 300 M€/an pour les collectivités ! Voilà donc 600 M€/an qui sont utilisés à bon escient ! Nous disons encore : génial et merci !

Donc, au vu de l’inefficacité et du coût de ce fantastique outil que l’on nomme également la vidéotranquillité, nous comprenons mieux pourquoi il est le fer de lance de la politique sécuritaire du gouvernement et qu’il est l’argument principal de l’allègement des effectifs de police. De plus, quand on sait que cette somme colossale est directement amputée au budget de la prévention contre la délinquance et qu’il représentait 61% de celui-ci en 2010, on se demande pourquoi on ne l’a pas fait plus tôt au lieu de constituer une police de proximité, de développer les activités socio-culturelles et sportives, d’étayer les liens sociaux, d’amener les individus à investir l’espace public ou de encore sensibiliser à l’incivilité, etc.

Enfin, si nous nous attardons sur la question idéologique de la vidéoprotection, nous ne citerons pas comme à l’habitude Georges Orwell, mais Michel Foucault et le célèbre panoptique de Bentham. Le panoptique est une structure architecturale, notamment carcérale, qui permet à une personne d’en surveiller d’autres sans être vue. Ainsi, ce principe sert la constitution d’une société disciplinaire, selon Michel Foucault, dont l’objectif est de tenter de « définir à l’égard des multiplicités [humaines] une tactique de pouvoir qui réponde à trois critères : rendre l’exercice du pouvoir le moins coûteux possible[…], avec le maximum d’intensité […] lier enfin cette croissance ‘économique’ du pouvoir et le rendement des appareils à l’intérieur desquels il s’exerce ; bref faire croître à la fois la docilité et l’utilité de tous les éléments du système ». Et là encore, nous disons : génial et merci !

Publicités
commentaires
  1. TT dit :

    Et on peut même craindre pire si l’utilisation de drones se développe pour des usages de surveillance policière : http://yannickrumpala.wordpress.com/2011/12/01/le-futur-est-vite-arrive-et-ses-machines-aussi/

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s