Pollution mentale !

Publié: janvier 13, 2012 dans Politics, Quotidien engagé
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Le collectif français les Déboulonneurs fait partie de ce que l’on pourrait appeler les artivistes. Même si leur démarche n’est pas totalement artistique, le lieu de leur expression militante n’en demeure pas moins l’espace public, la rue. Ils dénoncent ce qu’ils appellent « la pollution mentale » à grand coup de slogans tagués sur les panneaux publicitaires. Leurs actions ne sont pas contre la pub mais contre le matraquage publicitaire et ils s’interrogent sur la place de celle-ci dans l’espace public. Leur lutte centrale est  » la liberté de réception. Corollaire de la liberté d’expression, chacun doit être libre de recevoir ou non les messages diffusés dans l’espace public ». Leur revendication peut certes paraître dérisoire face aux injustices de notre monde moderne, cependant, l’omniprésence de la publicité et les ressorts qu’elle utilise peuvent sembler entraver le libre arbitre.

Loin de nous l’intention de faire un procès à la publicité car il est nécessaire que, dans une logique commerciale, un produit se fasse connaître pour être vendu mais cela justifie-t-il l’envahissement de notre espace commun et pourquoi ne possède-t-elle pas les mêmes contraintes que les campagnes politiques avec un espace imparti limité et localisé par respect de la neutralité et de l’égalité.

Comme le précise Wiki, la publicité n’a qu’un seul objectif, celui « de fixer l’attention d’une cible visée (consommateur, utilisateur, usager, électeur, etc.) pour l’inciter à adopter un comportement souhaité ». Comment s’y prend-t-elle pour parvenir à ses fins ? Ses stratégies laissent -elles une réelle liberté de penser à l’individu pour qu’il puisse faire son choix en son âme et conscience ?

On sait bien que les annonceurs utilisent les connaissances développées par la sociologie ou la psychologie pour accroître l’efficacité de leur message en veillant à ce que le consommateur le reçoive bien. Ainsi, en utilisant notre système de représentation et nos sensations, ils tentent de pénétrer notre psychisme pour y graver leur marque et influencer nos choix de consommation. Jusque là, c’est le jeu d’un monde consumériste, à chacun ses armes pour y faire sa place. Pour résister et rester libre de nos choix,  nous disposons de l’éducation et du développement de l’esprit critique. Malheureusement, l’industrie publicitaire est sacrément armée : nous ne recevons pas moins de 3 000 messages publicitaires par jour. Le matraquage affaiblit grandement notre capacité de résistance. Et c’est en cela que les Déboulonneurs ont une position intéressante quand ils souhaitent une réduction de l’espace publicitaire et notamment la diminution de la taille des panneaux d’affichage. Si nous ne sommes pas obligés de subir la publicité télévisuelle ou radiophonique car nous pouvons baisser le volume ou éteindre l’appareil, nous ne pouvons pas toutefois, sans danger pour soi-même et les autres, conduire, marcher… en fermant les yeux pour éviter la vue des panneaux publicitaires !

Cependant, les publicitaires n’en restent pas là et poussent leur démarche encore plus loin. Ne se contentant pas de nous assaillir de stéréotypes, de jouer sur nos pulsions ou encore de créer des besoins, ils tentent de contourner notre conscience par l’utilisation des neurosciences. Armés de l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), de l’électro-encéphalographie (EEG) et de la magnétoencéphalographie (MEG), ils sondent les réactions neurologiques de notre cerveau pour dicter des comportements aux consommateurs, notamment en termes de mémorisation de la marque. Une expérience bien connue illustre ceci : un groupe de personnes, les yeux bandés, ont goûté du Coca-Cola et du Pepsi. Elles estiment que produit le plus goûteux est le Pepsi. Le même groupe de personnes, qui a, cette fois, connaissance de la marque bue, préfère le Coca-Cola.

Ainsi, la naissance du neuromarketing et du shockvertising (concept qui consiste à créer un choc émotionnel violent chez le consommateur pour augmenter sa capacité à mémoriser la marque) interroge grandement la capacité de l’individu à conserver son libre arbitre, à plus forte raison quand il s’agit d’un enfant. Il apparaît donc urgent de militer pour la règlementation de l’espace publicitaire et même si cela ne semble pas prioritaire, il ne faut pas se tromper car l’influence de la publicité est importante par sa valeur normative ou les stéréotypes qu’elle véhicule (l’image de la femme par exemple) et la mécanisation des comportements du consommateur. Elle joue un rôle primordial dans la construction d’un monde consumériste et les représentations que l’on s’en fait.

Nous ne pouvons donc que saluer et soutenir les mouvements anti-pub tels que les Déboulonneurs ou la R.A.P. et continuer de boycotter la publicité en nous inscrivant sur liste rouge ou liste Pacitel, en prenant le temps de mettre « Pas de publicité SVP » sur nos boîtes aux lettres et surtout en éteignant nos téléviseurs, nous rappelant les célèbres mots du PDG de TF1 : « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible » !

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commentaires
  1. jemetonne dit :

    Que de brassage de vent !
    Perso je fais mes courses avec ma calculatrice, la pub ne m’a jamais amené un seul centime de plus dans le porte-monnaie…

    L’influence de la pub quelle qu’elle soit ne m’affecte aucunement, pour la simple et bonne raison que je n’ai pas les moyens de m’offrir la plus part de ce qu’elle vante.

    J’ajoute que j’agis de la même manière avec les médias et particulièrement depuis les primaires du PS. Les modes opératoires sont en tous points similaires.

    Pollution mentale, quand tu nous tiens !

    • Certes quand on résonne d’un point de vue individuel, on peut penser que certaines personnes sont supérieures aux autres en maniant avec agilité leur calculatrice. Mais d’un point de vue collectif, la publicité a une influence non négligeable sur les comportements des individus, d’ailleurs, pourquoi les entreprises investiraient des millions d’euros dans celle-ci.
      Pour ce qui est de la politique, se focaliser sur le PS semble réducteur car la plus part des parties politiques sont conseiller par des experts en communication.

      Esprit critique, quand tu nous tiens pas !

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