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Le collectif français les Déboulonneurs fait partie de ce que l’on pourrait appeler les artivistes. Même si leur démarche n’est pas totalement artistique, le lieu de leur expression militante n’en demeure pas moins l’espace public, la rue. Ils dénoncent ce qu’ils appellent « la pollution mentale » à grand coup de slogans tagués sur les panneaux publicitaires. Leurs actions ne sont pas contre la pub mais contre le matraquage publicitaire et ils s’interrogent sur la place de celle-ci dans l’espace public. Leur lutte centrale est  » la liberté de réception. Corollaire de la liberté d’expression, chacun doit être libre de recevoir ou non les messages diffusés dans l’espace public ». Leur revendication peut certes paraître dérisoire face aux injustices de notre monde moderne, cependant, l’omniprésence de la publicité et les ressorts qu’elle utilise peuvent sembler entraver le libre arbitre.

Loin de nous l’intention de faire un procès à la publicité car il est nécessaire que, dans une logique commerciale, un produit se fasse connaître pour être vendu mais cela justifie-t-il l’envahissement de notre espace commun et pourquoi ne possède-t-elle pas les mêmes contraintes que les campagnes politiques avec un espace imparti limité et localisé par respect de la neutralité et de l’égalité.

Comme le précise Wiki, la publicité n’a qu’un seul objectif, celui « de fixer l’attention d’une cible visée (consommateur, utilisateur, usager, électeur, etc.) pour l’inciter à adopter un comportement souhaité ». Comment s’y prend-t-elle pour parvenir à ses fins ? Ses stratégies laissent -elles une réelle liberté de penser à l’individu pour qu’il puisse faire son choix en son âme et conscience ?

On sait bien que les annonceurs utilisent les connaissances développées par la sociologie ou la psychologie pour accroître l’efficacité de leur message en veillant à ce que le consommateur le reçoive bien. Ainsi, en utilisant notre système de représentation et nos sensations, ils tentent de pénétrer notre psychisme pour y graver leur marque et influencer nos choix de consommation. Jusque là, c’est le jeu d’un monde consumériste, à chacun ses armes pour y faire sa place. Pour résister et rester libre de nos choix,  nous disposons de l’éducation et du développement de l’esprit critique. Malheureusement, l’industrie publicitaire est sacrément armée : nous ne recevons pas moins de 3 000 messages publicitaires par jour. Le matraquage affaiblit grandement notre capacité de résistance. Et c’est en cela que les Déboulonneurs ont une position intéressante quand ils souhaitent une réduction de l’espace publicitaire et notamment la diminution de la taille des panneaux d’affichage. Si nous ne sommes pas obligés de subir la publicité télévisuelle ou radiophonique car nous pouvons baisser le volume ou éteindre l’appareil, nous ne pouvons pas toutefois, sans danger pour soi-même et les autres, conduire, marcher… en fermant les yeux pour éviter la vue des panneaux publicitaires !

Cependant, les publicitaires n’en restent pas là et poussent leur démarche encore plus loin. Ne se contentant pas de nous assaillir de stéréotypes, de jouer sur nos pulsions ou encore de créer des besoins, ils tentent de contourner notre conscience par l’utilisation des neurosciences. Armés de l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), de l’électro-encéphalographie (EEG) et de la magnétoencéphalographie (MEG), ils sondent les réactions neurologiques de notre cerveau pour dicter des comportements aux consommateurs, notamment en termes de mémorisation de la marque. Une expérience bien connue illustre ceci : un groupe de personnes, les yeux bandés, ont goûté du Coca-Cola et du Pepsi. Elles estiment que produit le plus goûteux est le Pepsi. Le même groupe de personnes, qui a, cette fois, connaissance de la marque bue, préfère le Coca-Cola.

Ainsi, la naissance du neuromarketing et du shockvertising (concept qui consiste à créer un choc émotionnel violent chez le consommateur pour augmenter sa capacité à mémoriser la marque) interroge grandement la capacité de l’individu à conserver son libre arbitre, à plus forte raison quand il s’agit d’un enfant. Il apparaît donc urgent de militer pour la règlementation de l’espace publicitaire et même si cela ne semble pas prioritaire, il ne faut pas se tromper car l’influence de la publicité est importante par sa valeur normative ou les stéréotypes qu’elle véhicule (l’image de la femme par exemple) et la mécanisation des comportements du consommateur. Elle joue un rôle primordial dans la construction d’un monde consumériste et les représentations que l’on s’en fait.

Nous ne pouvons donc que saluer et soutenir les mouvements anti-pub tels que les Déboulonneurs ou la R.A.P. et continuer de boycotter la publicité en nous inscrivant sur liste rouge ou liste Pacitel, en prenant le temps de mettre « Pas de publicité SVP » sur nos boîtes aux lettres et surtout en éteignant nos téléviseurs, nous rappelant les célèbres mots du PDG de TF1 : « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible » !

Quelle surprise de voir le pouvoir politique en place dans notre pays ressortir la mise en place d’une taxe sur les transactions financières à quelques mois des élections présidentielles ! Nous n’allons pas nous en plaindre ni revenir sur les effets d’annonce de l’Elysée, mais il nous semble intéressant de revenir sur une telle taxe et surtout quelle politique elle peut bien servir.

L’idée d’une taxe sur les transactions financières, communément appelée taxe Tobin, n’est pas nouvelle. Portant le nom de son inventeur, le prix Nobel d’économie James Tobin, elle apparaît comme un outil fantastique pour récupérer des richesses et lui a valu d’être reprise par de nombreux acteurs de la scène politique et économique, notamment ATTAC. Mais ne nous y trompons pas, une telle taxe, comme le précise ATTAC, n’a qu’une fonction économique : « Il faut être clair là-dessus: le motif central pour l’instauration d’une TTC (Taxation des Transactions de Change, c’est-à-dire ce dont fait partie la Taxe Tobin) est d’ordre économique – il sera une des composantes nécessaires dans des reformes pour sauver l’économie mondiale de ses aberrations néo-libérales actuelles, de rétablir un meilleur fonctionnement des marchés financiers et de ces articulations avec les divers autres marchés nationaux ».

Ainsi, le caractère messianique de la célèbre taxe Tobin ne doit pas nous aveugler sur ce qu’elle sert (c’est-à-dire le maintien de notre système économique) et sur les multiples difficultés liées à sa mise en œuvre. La complexité et l’armada considérable des acteurs de la finance permettraient de rapidement contourner une telle taxe et, élément fondamental, ce type de taxe ne peut s’envisager qu’au niveau mondial, sinon elle ne provoquerait que le déplacement des places financières et affaiblirait fortement les économies qui ont choisi de l’appliquer. Par ailleurs, elle supposerait la levée du secret bancaire car il faudrait identifier les acteurs de ces transactions pour les taxer, chose particulièrement inenvisageable.

En définitive, il s’agit bien là d’un effet d’annonce de la part du Président pour regagner la confiance des électeurs après un bilan totalement catastrophique en utilisant la méconnaissance du peuple sur cette taxe et en prétendant réguler les marchés financiers. Un point est tout de même important à préciser, c’est que cette taxe existe déjà dans le code des impôts. Elle a été mise en place sous le gouvernement Jospin mais demeure inapplicable car en attente d’un accord européen.

Ces dernières semaines, les annonces d’effondrement du système financier s’accélèrent. Jacques Attali annonçait que l’euro ne passera pas Noël, Paul Jorion affirmait sur les ondes de France Culture que l’appareil financier était cassé, sans compter les témoignages pessimistes de certains banquiers qui se multipliaient.

Toutes ces déclarations, bien affolantes dans un premier temps, sonnent joyeusement le glas de l’ultra-libéralisme, ce système qui conduit à l’accumulation de richesses par une poignée d’individus à travers la surexploitation des populations et des ressources naturelles.

Alors c’est bien beau de se réjouir de la fin du système financier, mais personne n’est prêt à devoir remplir sa brouette de billets pour pouvoir acheter une baguette de pain. Quelles solutions sont donc à notre portée pour réorienter un système financier qui remettra l’économie au service de l’individu ?

Depuis quelques années, on entend parler d’économie sociale et solidaire et l’on voit émerger des banques (voir ici) fonctionnant selon cette philosophie.

Ainsi, des établissements comme la NEF proposent un système bancaire alternatif où les bénéfices servent à investir dans l’écologie, le social ou la culture (respectivement, les investissements de la NEF représentent 60% pour l’environnement, 30% pour le social et 10% pour la culture). Par ailleurs, chaque client, adhérant à la NEF, devient sociétaire de la banque et donc décideur des politiques de celle-ci.

Il s’agit donc là d’un moyen concret pour agir sur la construction d’un autre monde en réorientant notre système économique vers un développement responsable et équitable pour le bien-être de l’homme. A noter que les procédures pour changer de banque ont été facilitées : procédure pour changer de banque ici et ici.

Pour ceux qui ont suivi les conseils de Cantona, vous pouvez sortir vos billets de sous le matelas !